Tout ça parce que j'avais rendez-vous avec Carrie Bradshaw. Je vivais dans une grrrrrande ville animée, je sortais beaucoup, mes amies étaient belles et sophistiquées, j'étais - quoique également belle et sophistiquée - affligée par l'indigence intellectuelle et la non-conformité esthétique des mâles que je rencontrais. En clair, je me sentais foutrement concernée. Il faut m'excuser, j'avais 18 ans et demi. Je croyais que lire Biba était le summum de la sophistication. Depuis, je me suis abonnée au Chasseur Français pour cultiver mon côté border-line.

   Il y a quelques jours, chez le chouette primeur où je m'approvisionne, j'ai trouvé des barquettes de cranberries, traîtreusement traduites par "airelles", alors que ce sont des canneberges, une variété voisine certes mais bon, si on ne s'astreint pas à employer des mots précis on perd vite le sens du beau langage, c'est vrai quoi, olinculé. Et là, je me suis pensé : "Trop la classe! je vais pouvoir me faire le cocktail à Carrie!"

   A peine rentrée, je me suis jetée sur mon ordi et j'ai sommé Google de cracher la recette du Cosmopolitan, tandis que je frétillais d'aise à l'idée d'utiliser mes canneberges pour un truc aussi élégant. Et là, c'est le drame... depuis quand il y a de la vodka dans le Cosmopolitan? On ne peut pas dire que j'aime vraiment l'alcool - à part le vin - mais la plupart du temps j'arrive à me forcer un peu pour faire croire que je suis délurée et que moi aussi j'adore vomir après les fêtes dans le pyjama de gars que je ne connais pas, mais... la VODKA??? Non, là c'est non, pas poussib, dégueu, beurk, pas glop.

   En conséquence de quoi, j'ai remballé mes canneberges et attendu une occasion plus propice, laquelle n'a pas tardé à se présenter en la personne de la Rélie et le Tien, qui méritaient quand même bien un repas soigné vu qu'ils m'avaient rapporté une bouteille de fine huile de noix de leurs vacances dans le Périgord. Voici donc la phase terminale des canneberges, chant du cygne de ma défunte sophistication (trop dur de vivre à la campagne) : elles ont accompagné délicieusement un croustillant de pomme qui était bon, mais améliorable, car la croustille était franchement à la limite du supportable.

Coulis de canneberges et (exagérément) croustillants de pomme (pour 4 personnes)

Le coulis de canneberges
200 g de canneberges
100g de sucre
1 demi-citron


1- Mettre dans une casserole les canneberges ; mouiller d'eau à hauteur et porter à ébullition. Conserver à ébullition en mélangeant à la fourchette jusqu'à l'éclatement des baies.

2- Passer le contenu de la casserole au chinois pour éliminer la fine pellicule qui enveloppe les baies.

3- Remettre le jus de canneberges dans la casserole, ajouter le sucre et le jus du demi-citron. Cuire à feu moyen jusqu'à réduction à la consistance "coulis".

Croustillant
Je précise malgré tout pour les têtes brûlées parmi vous
qu'il y a
des gens qui sont rudement  bien inspirés par la vodka, 
Carrie Bradshaw et la sophistication en général.

Les croustillants
3 feuilles de filo
4 pommes
60 g de beurre (dont 20g fondu)
100g de sucre roux
15 cl de jus d'orange
sucre glace

1- Superposer 3 feuilles de filo en les badigeonnant successivement de 20g de beurre fondu. Découper des rectangles (2 par croustillant + 2 sur lesquels on prélèvera la feuille unique qui recouvre le croustillant). Enfourner à 190° pendant 5 à 10 minutes, jusqu'à coloration.

2- Dans une sauteuse chaude, préparer un caramel en versant le sucre et le jus d'orange : quand le mélange épaissit, retirer du feu et ajouter le beurre restant.

3- Verser les pommes pelées et coupées en petits morceaux ; cuire à feu moyen jusqu'à ce que les fruits soient fondants mais non réduits en compote.

4- Dresser en mettant dans l'assiette un rectangle de pâte, des pommes, un rectangle de pâte, des pommes et un dernier morceau de pâte que l'on saupoudrera de sucre glace.